Méthodologie de l'épreuve écrite : la dissertation

Publié le par Yann Le Texier

Méthodologie de l'épreuve écrite : la dissertation

Comment se présente un sujet ?

Structure habituelle des sujets :

1- Énoncé d’une idée générale, d’un avis généralement tranché, le plus souvent sous forme d’une citation courte, d’apparence soit évidente, paradoxale ou provocatrice, suivi d’une question contenant éventuellement des consignes. La citation est à analyser comme la question posée, les deux orientant la problématique.

2- Question directement posée, avec ou sans consigne précise.

Typologie (non exhaustive) des sujets :

* Réflexion dialectique : le plus souvent, les questions demandent d’infirmer ou de confirmer un jugement à partir d’œuvres spécifiques.

- La question posée peut demander de développer, de réfuter ou de discuter le jugement d’un auteur ;

- elle peut également demander d’exprimer un point de vue personnel après avoir confronté les points de vue des auteurs du corpus.

* Certains sujets s’écartent de cette règle et, sous forme de question notamment (pourquoi…, quel intérêt…, …), ne propose pas de plan thèse-antithèse-synthèse, mais laisse le candidat libre de sa réflexion, libre de développer différentes thèses qui ne seront pas en opposition les unes avec les autres, mais complémentaires. Le risque est de tomber dans le catalogue : une problématique générale est encore plus indispensable dans ce cas.

Comment analyser un sujet ?

* Décortiquer le sujet :  il faut entourer le ou les mots-clés et pour chacun détailler leur(s) définition(s), les notions auxquelles ils renvoient, les questions qu’ils posent, sans se réfréner pour l’instant. L’objectif est de cerner le sujet au plus près en partant de la polysémie des mots-clés, et de l’ensemble des thématiques qu’ils ouvrent. ‚

Il faut ensuite observer comment le sujet est formulé grammaticalement (verbe à l’impératif, phrase interrogative, …) et repérez le ou les verbes qui soulignent la ou les actions à suivre (discuter, déterminer, justifier, penser, …), afin de cerner l’angle d’attaque qui vous est proposé. ƒReprenez l’ensemble des notes et synthétisez, reliez ce qui constitue un axe, une direction de réflexion communs ; sachez éliminer ce qui s’écarte de la question posée.

Il faut réfléchir à la problématique du sujet : l’objectif de ce décorticage du sujet est de la mettre en valeur, de la rendre évidente à vos yeux.

Une bonne solution peut être aussi de reformuler le sujet : c’est une manière de mieux le comprendre.

* La problématique, qu’est-ce que c’est ?

Ce n’est pas la simple énonciation d’un thème. C’est une question qui pose problème, qui suscite la discussion, le débat polémique, dont la réponse ne va pas de soi, et qui nécessite de passer par une confrontation d’arguments contradictoires pour en faire surgir une opinion, une position personnelle. Elle est, dans l’introduction, un programme de réflexion à suivre et qui guidera la pensée jusqu’à la conclusion : sans elle, pas d’unité, pas de fil conducteur, risque de digressions hors sujet, de réflexion mal structurée et qui ne progresse pas ou peu.

Le candidat doit donc se poser les questions suivantes : Quel est le problème, le paradoxe, la polémique, l’opposition sous-jacente au sujet posé ? Pourquoi me pose-t-on cette question à propos de ces extraits et de ce type d’œuvre ? Quels aspects de ces textes et des œuvres étudiées en classe me paraissent entrer dans le sujet ?

Les pièges à éviter :

- Penser que le sujet a déjà été traité en cours et plaquer le contenu d’un travail scolaire : il est à parier que l’angle d’attaque proposé n’est pas tout à fait celui étudié en classe.

- Répondre directement à la question de l’énoncé : risque de réduire la dissertation à un simple inventaire des éléments de réponse, privé de tout principe unificateur. En effet, à quoi bon répondre à une question si on ne voit pas en quoi elle fait problème ? Tout plan purement énumératif, qui ne marque pas une progression de la pensée, condamne d’avance la copie.

- Paraphraser ou illustrer le contenu du sujet. Toute réflexion qui prend appui sur tel ou tel mot du sujet arbitrairement isolé, sans tenir compte de son unité, laisse forcément échapper l’essentiel.

* Les aides dans ce travail préparatoire :

- Recourir aux objets d’étude : dès que la problématique du sujet a été identifiée, il est nécessaire de recourir au travail mené pendant l’année : il faut alors repérer la ou les formes de textes concernées par le sujet, les thématiques concernées, les problématiques que vous voyez s’ouvrir, les auteurs et les œuvres, les mouvements littéraires concernés.

- Tenir compte des textes proposés pour construire, au moins partiellement, votre problématique ou pour vérifier que la problématique que vous élaborez est en mesure d’en rendre compte. Les différents textes du corpus sont analysés en fonction de la problématique posée. Observez attentivement les sujets de l’écriture d’invention et du commentaire : ils peuvent vous être utiles pour traiter le sujet de dissertation.

- Utiliser vos connaissances personnelles : Culture scolaire : Vous aurez intérêt à raisonner en termes de passages précis à analyser, plutôt qu’en termes d’idées d’ensemble sur telle œuvre, tel auteur ou tel genre littéraire. Culture personnelle : toutes vos lectures littéraires (auteurs étrangers compris, science-fiction, roman policier) peuvent vous servir. Votre culture cinématographique peut constituer un plus : attention toutefois aux seules références aux grosses machines hollywoodiennes, aux comédies au comique lourd. Pensez plutôt aux classiques du cinéma. Il faut savoir doser ces références pour qu’elles ne soient qu’un plus par rapport aux références à la littérature française dite classique.

- Partir des exemples : si vous êtes en panne d’inspiration pour trouver des arguments, basez-vous sur des exemples que vous avez en tête : à partir de leur analyse en lien avec le sujet, il est possible que de nouveaux arguments vous viennent à l’esprit.

Comment élaborer un plan ?

La dissertation est un « exercice de délibération », donc de réflexion et de discussion d’arguments et de thèses diverses au programme.

Le plan dialectique classique (thèse, antithèse, synthèse) suppose l’opposition de thèses de manière tranchée. Il faut essayer d'éviter dans la mesure du possible d’opposer trop schématiquement les thèses en présence. Le résultat, sinon, est : A) On peut dire ceci, mais… B) on peut dire tout le contraire… donc C) (ou conclusion) la vérité est juste entre les deux. Caricatural ! Une bonne formulation de la problématique doit permettre d’éviter cet écueil.

Plans possibles : (à adapter selon le sujet)

* Le plan dialectique : A) Thèse ; B) Antithèse ; C) (ou conclusion) Synthèse.

Mais aussi :

* Le plan d’exposition : A) Thèse 1 ; B) Thèse 2 (complémentaire de la thèse 1) ; C) (éventuellement) Thèse 3.

* Le plan analytique : A) analyse du problème ; B) recherche des causes ; c) réponses, conséquences, solutions. Plan adopté souvent pour les dossiers de TPE.

* Le plan comparatif : Il convient aux sujets établissant un parallèle. A) 1er aspect de la comparaison ; B) 2ème aspect de la comparaison ; etc.

Comment rédiger ?

Le temps grammatical de la dissertation est le présent de l’indicatif, les affirmations ayant le plus souvent valeur de vérités générales. Plutôt que d’utiliser le « je », il est d’usage d’employer le « nous », marque de modestie…

La mise en page doit clairement indiquer le passage de l’introduction au développement, comme entre les parties, ou entre le développement et la conclusion : deux lignes blanches et des étoiles… De même, afin de mettre en évidence les paragraphes, pensez à faire un alinéa : commencer la première ligne d’un paragraphe en léger retrait par rapport au bord gauche de la page.

Vos références doivent être précises : titre, nom d’auteur. Un titre d’œuvre cité doit être souligné. Un titre de poème, de chapitre d’un roman, une citation sont présentés entre guillemets. Une citation doit être introduite (voir la fiche des formules à utiliser dans un devoir rédigé).

1) L’introduction :

* Elle a pour fonction :

- d’annoncer le sujet.

- d’analyser en définissant clairement le problème qu’on y voit posé, en délimitant la problématique du sujet qui constituera le fil conducteur du développement.

- d’annoncer le plan qui va être suivi, les étapes de la réflexion.

* Les cinq étapes indispensables de l’introduction :

a) Amorcer pour permettre d’amener le sujet en suscitant d’emblée l’intérêt du lecteur (le correcteur). Il faut éviter de commencer par des considérations vagues, généralisatrices (« De tous temps, l’homme… »). Il s’agit de situer le problème avant de l’expliciter (situer dans le temps, dans un mouvement littéraire, dans une époque historique, etc.). L’objectif est aussi de ne pas annoncer d’emblée brutalement la problématique mais de l’amener plus doucement. Les possibilités offertes : une citation ; un exemple littéraire ou artistique ; une idée générale (mais pas trop !).

Il faut faire une présentation générale du sujet : soit le thème qu’il aborde, soit l’œuvre ou l’auteur concerné. Il importe que cette première phrase ne soit pas artificielle ou creuse mais introduise réellement le sujet : elle doit donc s’orienter déjà vers le problème que l’on va traiter.

b) Citer et analyser le sujet en faisant apparaître le nom de l’auteur de la citation et, s’il est connu, le titre de l’œuvre dont elle est tirée, ainsi que la citation éventuelle (si cela n’a pas été fait dans la partie a).

c) Dégager la problématique : on doit montrer où se situe le problème. Ce point est capital : c’est le problème que vous formulez ici qui va servir de ligne directrice à la dissertation ; c’est à ce problème que vous répondrez en conclusion. Formuler la problématique sous forme interrogative (une, deux questions) est le plus facile.

Attention : ne répondez pas au problème en le posant : la réponse doit arriver en conclusion. Le raisonnement ne doit pas être la justification d’une réponse acquise d’avance, mais une démarche progressive vers cette réponse.

d) Annoncer le plan du devoir. Le plus simple est de rédiger ainsi : Dans un premier temps/une première partie/Tout d’abord, nous nous interrogerons… Dans un deuxième temps/une deuxième partie/Ensuite, nous verrons… Mais cela peut apparaître un peu lourd : on peut préférer les phrases qui permettent de lier les différentes thèses qui seront développées et affichent une réelle progression de la réflexion : « S’il est vrai que… on remarquera cependant… tout en examinant si… » (cas d’un dissertation en trois parties). La difficulté de l’annonce du plan est de donner suffisamment d’informations au lecteur pour qu’il saisisse d’emblée la logique d’ensemble et les grandes orientations de votre réflexion (éviter des formulation si vagues qu’elles n’apprennent rien), tout en n’indiquant pas le contenu du développement, en ne donnant pas déjà des débuts de réponses.

Une introduction constitue généralement 10-15 % de l’ensemble de la dissertation.

2) Le développement :

* Pour l’organisation du développement, il n’existe pas de recette universelle. Le bon vieux précepte est le suivant : thèse, antithèse, synthèse. Toutefois, sommairement appliqué, il aboutit à un plan caricatural. Seule l’analyse correcte du sujet donne le plan.

* Veillez à l’équilibre des différentes parties et des différents paragraphes (équilibre dans leur longueur respective) : si l’argumentation est cohérente et bien organisée, elle doit trouver d’elle-même une expression harmonieuse et bien équilibrée.

* Il est indispensable de rappeler, à chaque changement de partie, et de paragraphe, la progression de votre exposé : quel est l'objectif de la partie ? quel est l'objectif du paragraphe ? Vous facilitez ainsi la tâche du correcteur et vous vous assurez que vous n’avez pas perdu de vue le but à atteindre. Il faut utiliser toute la gamme possible des connecteurs logiques, en la variant au maximum. Le développement doit montrer une pensée à l’œuvre, qui progresse en marquant nettement ses étapes, ses résultats et en vérifiant régulièrement son lien avec les termes du sujet.

* Le schéma général d’un développement :

2 ou 3 parties de plusieurs paragraphes chacune.

A) Première partie (thèse ou 1ère hypothèse)

* Phrase d’introduction pour expliquer l’objet de cette partie, l’idée générale de celle-ci, la thèse que vous allez démontrer. Passez à la ligne avant de passer aux paragraphes comprenant chacun un argument.

a) Paragraphe 1 : argument 1 : il faut d’abord présenter l’argument, puis le développer, appuyé par un exemple au minimum dont le lien avec l’argument doit être expliqué.

b) Paragraphe 2 : argument 2, relié au précédent par une formule de transition montrant le lien logique entre les 2 paragraphes. Même schéma ensuite que pour le premier argument.

c) Autant de paragraphes que d’arguments, sans les multiplier à l’extrême (deux, trois ou quatre le plus souvent).

* Dernier paragraphe : conclusion partielle et transitoire (annonce de la partie suivante) : cette conclusion partielle synthétise l’argumentation de la 1ère partie : à ce stade du raisonnement, où en est-on de la problématique ? Si la dissertation s’arrêtait là, quelle serait la réponse au problème posé ?

B) Deuxième partie (antithèse ou 2ème hypothèse)

* Phrase d’introduction afin d’opérer la transition avec la fin de la 1ère partie, et afin d’expliquer en quels termes se pose la problématique au début de cette 2ème partie (on s’appuie sur la conclusion de la première partie pour relancer la polémique), pour exposer l’objet de cette nouvelle partie.

* Même schéma ensuite qu’en première partie pour l’ensemble des arguments, jusqu’au dernier paragraphe de conclusion partielle.

C) Troisième partie (s’il y a lieu) : sur le même schéma que la deuxième partie.

Quelques conseils sur le développement :

* Un atout essentiel est un fil directeur clair. Il s’agit donc de soigner les articulations suivantes :

- l’ouverture de chaque partie doit clairement rappeler la thèse qui y sera développée ; même si ceux-ci ont été explicitement annoncés dans l’introduction générale du devoir, il faut assurer une fonction de rappel.

- l’association argument-exemple : le paragraphe est la cellule de base de votre démarche argumentaire ; celui-ci sera efficace si :

- vous développez suffisamment l’exemple retenu et ne vous contentez pas de vagues allusions.

- vous exploitez habilement les aspects probants de l’exemple convoqué.

Illustrez toujours vos affirmations par des exemples et des références aux textes. Inutile d’accumuler des justifications qui n’ajoutent rien l’une à l’autre. Un ou deux exemples, convenablement choisis et analysés, suffisent. Les exemples n’ont de pertinence que s’ils sont analysés avec minutie et mis au service de l’argumentation pour élucider un point de la discussion.

* Un bon plan doit être équilibré, c’est-à-dire que ses parties seront de longueurs sensiblement égales, pour développer un nombre à peu près équivalent d’arguments. A exclure : un seul argument dans une partie. Idéal : trois ou quatre arguments.

3) La conclusion :

* Aux questions posées dans l’introduction, la conclusion doit apporter une réponse claire, personnelle, cohérente, mais pas forcément définitive.

C’est vers la conclusion que converge en principe tout le développement. C’est donc dire qu’elle est le moment de rassembler les acquis précédents pour répondre aux questions posées et pour élargir les perspectives. La conclusion réclame une certaine fermeté : la prudence ne doit pas vous suggérer une opinion si balancée qu’elle laisse le correcteur perplexe. Mais il convient, à l’inverse, d’éviter l’outrance, cela va de soi.

Deux défauts fréquents à signaler :

- le manque de cohérence entre la Conclusion et l’ensemble du devoir. C’est une conclusion générale à l’ensemble du devoir !

- la présentation d’idées nouvelles dont on s’avise tardivement et qu’on énonce in extremis, risquant ainsi d’affaiblir ou de fausser l’exposé qui précède.

* Les trois étapes indispensables de la conclusion :

a) Récapituler la réflexion suivie en rappelant la problématique de départ et le raisonnement suivi dans l’ensemble du devoir : le correcteur a besoin d’en avoir maintenant une vue d’ensemble, pour se remémorer les premières étapes et se faire une idée de la cohérence de votre dissertation. Vous veillerez simplement à ne pas répéter mot pour mot l’annonce du plan de l’introduction (jouez de la synonymie), et à prendre en compte l’essentiel de votre devoir.

b) Faire le bilan de la réflexion, en formulant la réponse apportée à votre raisonnement. Il suffit pour cela de reprendre le problème posé en introduction et d’en présenter la réponse. L’objectif n’est pas de se répéter mais de mettre en évidence les progrès menés dans la réflexion entre l’introduction et cette conclusion.

c) Élargir, ouvrir en rattachant le sujet à une idée plus générale ou à un autre aspect du problème. Il ne s’agit pas de s’éloigner du sujet vers d’autres sujets mais de montrer que la réflexion présentée n’était qu’une étape, que le débat n’est pas bouclé définitivement. L’ouverture finale permet également de souligner que l’on a compris que le problème posé s’insérait dans un contexte plus vaste. Questions à se poser pour trouver un élargissement qui ne soit pas éloigné du sujet ou creux, gratuit, artificiellement plaqué : Quelle incidence la réponse que l’on vient d’apporter peut-elle avoir sur notre compréhension du genre/mouvement littéraire examiné ou de la littérature dans son ensemble ? Quelle comparaison peut-on établir avec un autre texte, afin de relancer un peu le débat ?

* On remarquera que la disposition de la conclusion est exactement symétrique de celle de l’introduction : alors que l’introduction progresse du plus général au particulier, la conclusion avance du particulier vers le plus général. L’introduction doit faire globalement la même taille que l’introduction.

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