Rectificatif : Que dénonce la littérature anti-colonialiste ?

Publié le par Yann Le Texier

Rectificatif : Que dénonce la littérature anti-colonialiste ?

Voici le document que je vous ai remis. Je l'ai complété (voir en italique les ajouts).

* Le pouvoir du colon sur le colonisé est dénoncé, sous ses diverses formes :

- critique du pouvoir politique qui ne laisse aucune autonomie de décision aux populations locales sur les territoires colonisés.

- critique des dérives de l'administration coloniale qui abuse de ses prérogatives sur ceux qui sont pourtant présentés comme des citoyens.

- critique de la puissance militaire qui représente la force violente qui s'impose aux populations locales, durant les phases de conquête coloniale mais aussi ensuite, dans le cadre de la gestion des territoires colonisés.

- critique des Blancs (civils notamment) présents sur place et qui se posent en conquérants, en êtres supérieurs.

- mise en valeur de la religion comme outil de colonisation : dénonciation de ce rôle par certains auteurs. Contradiction entre les valeurs de tolérance de la religion catholique et le fait qu'elle soit un outil pour soumettre les populations colonisées.

- dénonciation du fait que toute la colonisation est essentiellement une exploitation économique des colonies au profit de la seule métropole.

* Le regard condescendant, voire très suffisant, porté sur le colonisé est dénoncé. Ce regard raciste considère le colonisé comme un fainéant, quand ce n'est pas comme un être peu intelligent, proche de l'animal, ou du moins resté à un stade de développement antérieur à celui des colons.

* Les responsabilités de certains colonisés sont aussi pointées : les auteurs critiquent les colonisés qui se sont mis au service du Blanc et qui usent de leur pouvoir pour s'imposer sur leurs congénères, mimant l'attitude des colons, voire étant pires parfois que le maître de la maison ou de l'entreprise.

* L'incapacité du colon à tenir compte de l'Histoire, d'assumer ses erreurs, de confesser ses « fautes » est abordée par certains auteurs :

- certains auteurs évoquent l'esclavagisme non assumé, le fait que le colon ne reconnaisse pas devant le colonisé les horreurs du commerce triangulaire, sa responsabilité dans les souffrances endurées par les ancêtres des colonisés.

- les massacres commis dans le cadre de la conquête coloniale ou de la répression anticoloniale sont dénoncés, ainsi que l'utilisation de troupes constituées de colonisés dans le cadre des répressions de révoltes survenues dans d'autres territoires colonisés que les leurs.

- certains textes soulignent l'ingratitude du pays colonisateur suite à l'aide apportée par les soldats venus des colonies lors des deux guerres mondiales : les soldats et les peuples colonisés ont été considérés comme des citoyens à part entière du pays colonisateur, ayant le devoir de l'aider à repousser l'agresseur, mais reviennent à une situation de simple colonisé déconsidéré ensuite.

* Est aussi mise en avant le fait que les populations colonisées se retrouvent coincées entre deux cultures, celle d'origine, et celle du colon :

- cela peut se traduire par un mal-être des colonisés qui ont adopté la culture du colon, en rejetant la leur, que ce soit par contrainte (souci d'avoir un emploi, peur d'être brimé et donc volonté de se faire bien voir) et/ou parce qu'ils ont fini par être persuadés eux-mêmes que leur culture est inférieure, moins noble que celle du colon. L'écrivain rendra compte de cet état de fait pour en témoigner et pour le dénoncer.

- certains auteurs notent également l'impossibilité de revenir en arrière : les colonisés sont désormais de double culture, métissés. Ils doivent s'assumer comme tels, fusionner en une nouvelle identité cette double appartenance, cette « créolité ». Ils observent que ce processus n'est pas aisé, fait naître des contradictions, des tiraillements au sein des sociétés colonisées (ou nouvellement indépendantes), ou dans l'esprit de chaque individu issu de ces pays. Il est possible, selon certains auteurs, d'en tirer parti, d'en faire une richesse, une force.

* La littérature anticoloniale se donne plusieurs fonctions :

- garder la trace des injustices subies par certaines populations, pour témoigner auprès des générations contemporaines de l'auteur et postérieures.

- dénoncer les injustices subies par les populations colonisées, auprès des lecteurs représentant la puissance coloniale, mais aussi colonisés. Cela doit participer d'une prise de conscience collective que cette situation est inadmissible.

- participer d'une prise de conscience collective sur le fait que la colonisation est inadmissible, intolérable. La littérature anticolonialiste interroge ainsi la manière dont les esprits des populations colonisées ont été formatés pour accepter leur situation : rien de tel pour imposer sa langue et son pouvoir que de convaincre le colonisé qu'il profite largement de ce que la puissance coloniale lui offre. Les colonisés n'ont pas forcément complètement consience de leur statut : les écrivains se donnent pour objectif de faire réfléchir. Les lecteurs de la puissance occupante peuvent aussi prendre conscience de ce que leur pays fait endurer aux populations colonisées.

- défendre une certaine vision de l'être humain, défendre des valeurs présentées comme universelles (celles de la devise française notamment).

- appeler à se révolter contre la puissance coloniale, contre les situations d'injustice subies, contre l'ensemble du système colonial, qu'il soit politique, militaire, administratif.

- donner la parole (l'écrivain se fait porte-parole) aux populations qui ne peuvent s'exprimer, faute de savoir lire et écrire, faute d'avoir les relais pour communiquer ce qu'elle pense, ou parce qu'elles craignent d'être poursuivies et condamnées pour avoir osé lever la voix. La parole de l'écrivain vient contrer la seule parole de la puissance coloniale diffusée par la propagande, en métropole et dans les territoires soumis, par voie d'affiches, par la radio, par l'enseignement des écoles, par les prêches des missionnaires religieux. Elle apporte un autre regard sur la situation.

- pour certains écrivains, il peut s'agir aussi de faire un état des lieux pour évaluer ce qu'ils jugent être les avantages et inconvénients pour les pays colonisés de la colonisation.

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