Pistes pour l'analyse des documents complémentaires à la séquence 2

Publié le par Yann Le Texier

Mongo Beti
Mongo Beti

Voici la mise en parallèle de la fiche de synthèse et des extraits de poèmes et de romans complémentaires à la séquence 2. Ce ne sont que des débuts de pistes. A vous d'approfondir !

* Le pouvoir du colon sur le colonisé est dénoncé, sous ses diverses formes :

- critique du pouvoir politique qui ne laisse aucune autonomie de décision aux populations locales sur les territoires colonisés.

- critique des dérives de l'administration coloniale qui abuse de ses prérogatives sur ceux qui sont pourtant présentés comme des citoyens.

- critique de la puissance militaire qui représente la force violente qui s'impose aux populations locales, durant les phases de conquête coloniale mais aussi ensuite, dans le cadre de la gestion des territoires colonisés.

- critique des Blancs (civils notamment) présents sur place et qui se posent en conquérants, en êtres supérieurs.

- Extrait Kourouma : mensonge et donc déconsidération envers le lutteur qu'on trompe pour l'enrôler dans l'armée française. Tranche avec la mise en valeur du personnage, meilleur lutteur de son époque parmi plusieurs peuples. Noter que le député noir est placé du côté des colons (l. 10-11). Dénonciation de l'administration coloniale l. 16. Kourouma se place du côté de Tchao, explique sa manière de voir les choses l. 23-25.

* Le regard condescendant, voire très suffisant, porté sur le colonisé est dénoncé. Ce regard raciste considère le colonisé comme un fainéant, quand ce n'est pas comme un être peu intelligent, proche de l'animal, ou du moins resté à un stade de développement antérieur à celui des colons.

Texte de Mongo Beti (Ville cruelle) : insultes possibles de la part des Blancs sur les Noirs l. 51-52.

Texte de Mongo Beti (Le Pauvre Christ) l. 31-32 : les Blancs sont indispensables aux colonisés incapables de se débrouiller par eux-mêmes.

Texte de Duras : dénonciation de la ségrégation dans les villes coloniales (voir le plan de la ville).

* Les responsabilités de certains colonisés sont aussi pointées : les auteurs critiquent les colonisés qui se sont mis au service du Blanc et qui usent de leur pouvoir pour s'imposer sur leurs congénères, mimant l'attitude des colons, voire étant pires parfois que le maître de la maison ou de l'entreprise.

Texte de Mongo Beti (Ville cruelle) : exploitation des populations noires locales par d'autres Noirs :

* L'incapacité du colon à tenir compte de l'Histoire, d'assumer ses erreurs, de confesser ses « fautes » est abordée par certains auteurs :

- certains auteurs évoquent l'esclavagisme non assumé, le fait que le colon ne reconnaisse pas devant le colonisé les horreurs du commerce triangulaire, sa responsabilité dans les souffrances endurées par les ancêtres des colonisés.

Texte de Césaire : mise en scène sur un batau négrier pour rappeler les horreurs de ces déportations massives.

- les massacres commis dans le cadre de la conquête coloniale ou de la répression anticoloniale sont dénoncés, ainsi que l'utilisation de troupes constituées de colonisés dans le cadre des répressions de révoltes survenues dans d'autres territoires colonisés que les leurs.

Texte de Duras : morts dans les plantations de latex.

- certains textes soulignent l'ingratitude du pays colonisateur suite à l'aide apportée par les soldats venus des colonies lors des deux guerres mondiales : les soldats et les peuples colonisés ont été considérés comme des citoyens à part entière du pays colonisateur, ayant le devoir de l'aider à repousser l'agresseur, mais reviennent à une situation de simple colonisé déconsidéré ensuite.

Texte de Kourouma : mensonge à l'égard de Tchao pour l'envoyer à la guerre. Seule récompense : des médailles militaires.

* Est aussi mise en avant le fait que les populations colonisées se retrouvent coincées entre deux cultures, celle d'origine, et celle du colon :

- cela peut se traduire par un mal-être des colonisés qui ont adopté la culture du colon, en rejetant la leur, que ce soit par contrainte (souci d'avoir un emploi, peur d'être brimé et donc volonté de se faire bien voir) et/ou parce qu'ils ont fini par être persuadés eux-mêmes que leur culture est inférieure, moins noble que celle du colon. L'écrivain rendra compte de cet état de fait pour en témoigner et pour le dénoncer.

Texte de Damas : Les répétitions sur le ridicule ressenti mettent en avant le décalage entre l'identité réelle du Noir qui s'exprime et le rôle d'acteur que le colon lui a assigné.

- certains auteurs notent également l'impossibilité de revenir en arrière : les colonisés sont désomais de double culture, métissés. Ils doivent s'assumer comme tels, fusionner en une nouvelle identité cette double appartenance, cette « créolité ». Ils observent que ce processus n'est pas aisé, fait naître des contradictions, des tiraillements au sein des sociétés colonisées (ou nouvellement indépendantes), ou dans l'esprit de chaque individu issu de ces pays. Il est possible, selon certains auteurs, d'en tirer parti, d'en faire une richesse, une force.

* La littérature anticoloniale se donne plusieurs fonctions :

- garder la trace des injustices subies par certaines populations, pour témoigner auprès des générations contemporaines de l'auteur et postérieures.

Texte de Duras : image de la ville coloniale, de son organisation profondément inégalitaire.

Texte de Césaire : comme une reconstitution de la vie sur un bateau négrier au temps de l'esclavage.

Texte de Diop : rappel de toutes les souffrances subies, du sang qui a coulé.

- dénoncer les injustices subies par les populations colonisées, auprès des lecteurs représentant la puissance coloniale, mais aussi colonisés. Cela doit participer d'une prise de conscience collective que cette situation est inadmissible.

Textes de Mongo Beti : le lecteur prend en pitié le personnage de Banda ; la révolte est personnifiée par le révérend qui démissionne.

Texte de Duras : dénonciation de l'exploitation violente des populations locales sur les plantations. Accaparement des terres, du pays, par les colons.

- participer d'une prise de conscience collective sur le fait que la colonisation est inadmissible, intolérable. La littérature anticolonialiste interroge ainsi la manière dont les esprits des populations colonisées ont été formatés pour accepter leur situation : rien de tel pour imposer sa langue et son pouvoir que de convaincre le colonisé qu'il profite largement de ce que la puissance coloniale lui offre. Les colonisés n'ont pas forcément complètement conscience de leur statut : les écrivains se donnent pour objectif de faire réfléchir. Les lecteurs de la puissance occupante peuvent aussi prendre conscience de ce que leur pays fait endurer aux populations colonisées.

- défendre une certaine vision de l'être humain, défendre des valeurs présentées comme universelles (celles de la devise française notamment).

Texte de Beti (Le Pauvre Christ) : le Père défend des valeurs et cela explique son départ.

Texte de Diop : il évoque la liberté, la défend comme une valeur essentielle.

Texte de Rabemanajara

- appeler à se révolter contre la puissance coloniale, contre les situations d'injustice subies, contre l'ensemble du système colonial, qu'il soit politique, militaire, administratif.

Texte de Duras : le lecteur ne peut qu'être révolté par l'exploitation éhontée des populations colonisées sur les plantations d'hévéa.

Texte de Césaire : la mise en scène imaginaire d'une révolte sur un bateau négrier est un hymne à la liberté des populations noirs soumises, et une manière de leur dire que la révolte est possible.

Texte de Diop : rêve de révolte, de libération de l'Afrique colonisée.

Texte de Rabemananjara : évocation du mot liberté, comme un flambeau ou une arme.

- donner la parole (l'écrivain se fait porte-parole) aux populations qui ne peuvent s'exprimer, faute de savoir lire et écrire, faute d'avoir les relais pour communiquer ce qu'elle pense, ou parce qu'elles craignent d'être poursuivies et condamnées pour avoir osé lever la voix. La parole de l'écrivain vient contrer la seule parole de la puissance coloniale diffusée par la propagande, en métropole et dans les territoires soumis, par voie d'affiches, par la radio, par l'enseignement des écoles, par les prêches des missionnaires religieux. Elle apporte un autre regard sur la situation.

Texte de Beti (Ville cruelle) : dénonciation des magouilles de l'administration locale.

Texte de Damas : parole donnée à un Noir qui exprime son mal-être, à la 1ère personne.

Texte de Rabemanjara : il donne la parole à l'île, la fait parler.

Texte de Diop : même processus : il fait parler l'Afrique, la personnifie.

- pour certains écrivains, il peut s'agir aussi de faire un état des lieux pour évaluer ce qu'ils jugent être les avantages et inconvénients pour les pays colonisés de la colonisation.

Texte de Kourouma : il existe une sorte de frontière entre les peuples colonisés et les colons, une incompréhension fondamentale.

AJOUTS par rapport à la fiche distribuée :

- mise en valeur de l'utilisation de la religion comme outil de colonisation. Dénonciation de ce rôle.

Texte de Kourouma l. 1-2.

Texte de Mongo Beti (Le Pauvre Christ de Bomba).

- dénonciation du fait que toute la colonisation est surtout une exploitation économique au profit de la métropole :

Texte de Mongo Beti (Le Pauvre Christ) : Le Père souligne que l'administrateur est essentiellement là pour protéger les intérêts économiques de la métropole.

Texte de Duras : la richesse des Blancs se fait sur le dos des populations locales.

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