Que retenir du groupement de portraits de poètes ?

Publié le par Yann Le Texier

Que retenir du groupement de portraits de poètes ?

Justification de l'existence de ce groupement :

il prolonge la réflexion sur les fonctions du poète. En étudiant celles-ci, nous avons vu que les poètes réfléchissent à leur art et offrent des justifications à leur écriture, au fait d'offrir leurs poèmes à la lecture. Par là même, dans cette relation auteur-lecteur, ils donnent une image du poète, un statut, un rôle.

Les portraits qui ont été faits d'eux nous laissent une certaine image d'eux-mêmes, non pas comme personne individuelle, mais comme poète, comme personnalité littéraire. Sans doute que certains des poètes ont collaboré à la création de ce portrait d'eux-mêmes, orientant l'artiste qui les représentait. On peut penser aussi que les artistes qui les ont photographiés ou dessinés ont ainsi offert leur regard sur ces écrivains, et donc en quelque sorte sur l’œuvre littéraire que ceux-ci avaient laissé.

Le poète penseur :

Hugo est sans doute celui qui donne le plus cette impression ici, assis comme dans un trône, non pas en action mais arrêté pour se donner le temps de penser. La main qui supporte la tête laisse aussi cette impression, comme le regard qui, s'il est dirigé vers nous, est songeur. Le physique même de Hugo, barbu, donne l'image d'un vieux sage.

Verlaine a les yeux fermés et il porte aussi la barbe, deux éléments qui laissent aussi une impression de penseur, refermé ici sur lui-même.

Le poète, être à part :

Baudelaire semble sortir du néant, de l'obscurité, de nulle part. Il n'appartient pas au monde physique, n'a pas de décor autour de lui, à la différence de l'intérieur bourgeois de Hugo et de la rue de Prévert. Le noir correspond bien à la face sombre, angoissée de la poésie de Baudelaire. Le dessin représentant Verlaine est aussi sobre, sur fond blanc, sans décor. Sa tête semble flotter, presque irréelle. Ces deux portraits peuvent inviter à penser également l'éternité du poète qui survit grâce à ses mots, à son écriture. L'image du poète maudit est présente dans le portrait de Verlaine qui semble habillé d'un chapeau et d'une écharpe fatigués. Ce n'est pas le cas de Hugo, installé dans un fauteuil confortable et au bois travaillé, à côté d'un meuble qui paraît aussi refléter un certain niveau de vie.

Le poète, un être qui s'adresse aux hommes et les observe :

Baudelaire et Hugo regardent vers le spectateur de la photographie. Leur regard ne se défile pas, est franc. Ils peuvent être à part, mais ils sont aussi tournés vers ceux à qui ils s'adressent. Ils les observent également car c'est des hommes que l'inspiration vient, des malheurs de ceux-ci par exemple. Prévert est au milieu de la rue : il vit au milieu d'eux (Hugo était un peu retranché dans son salon personnel) et il observe ses semblables pour mieux en parler. Chez Prévert, le message est également décalé, comme à l'habitude de celui-ci : il masque en partie l'enseigne derrière lui, laissant deviner un gros mot qui exprime le refus, la colère, la critique. Un autre mot, « voyage », fait penser que le poète veut nous emporter vers d'autres horizons grâce à sa poésie.

Une autre manière d'interpréter cette photographie de Prévert est de rappeler que les poètes ont aussi ceux qui savent lire dans le monde, qui voit autre chose que ce que les hommes perçoivent. Le cadrage de la photographie montre que le monde offre, ici en mots, la poésie que les poètes couchent sur le papier. Le monde est poésie.

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