Fin de lecture analytique de l'extrait 2 de La Controverse (1ères S)

Publié le par Yann Le Texier

Fin de lecture analytique de l'extrait 2 de La Controverse (1ères S)

I- Las Casas développe un regard qui permet de défendre les Indiens et dénoncer les agissements des Espagnols

II- Las Casas cherche à convaincre et persuader son auditoire (stratégies argumentatives)

NB. Pour rappel, notamment dans cette partie, vous devez toujours tenir compte du double public visé :

- interne à la pièce quand Las Casas s’adresse au Légat, à Sépulvéda,

- externe à la pièce quand il s’agit de s’adresser aux spectateurs de la pièce.

C’est ce que l’on appelle la double énonciation, propre au genre théâtral.

a) Las Casas cherche à susciter des émotions (horreur, pitié)

b) Las Casas débute son intervention en soulignant que la motivation première des Espagnols est la recherche de l’or, l’enrichissement de l’Espagne :

→ dès la première phrase de son intervention, il choisit cet angle d’attaque (« or » apparaît dès la ligne 2). Il répète le mot (l. 2, l. 5 X3, l. 7, l. 8 + « ce métal funeste » l. 2-3), donnant ainsi l’impression qu’il s’agit d’une obsession pour les Espagnols.

→ la 1ère phrase est à la voie passive : « les Espagnols » (l. 1) = sujet grammatical des deux verbes, mais l’or est complément d’agent = sujet réel, acteur des Espagnols qui sont agis par ce métal. Le terme « animés » peut signifier, outre le mouvement (les Espagnols agissent pour trouver de l’or ; cf. verbe « poussés), la vie (« anima » en latin = souffle, vie) : ils ne vivent donc que par et pour l’or, ce qui les réduits à être peu respectables. « Tout est soumis à l’or, tout » (l. 8) : usage répété de manière proche de ce pronom indéfini, qui englobe les hommes, les choses, la nature. Las Casas élargit ainsi le propos pour montrer encore plus combien la recherche de l’or est la seule et unique motivation des Espagnols.

L’évocation des « mines d’or et d’argent » (l. 22-23) accentue encore cet angle d’attaque choisi par Las Casas pour déconsidérer les Espagnols, ramener leur colonisation à des considérations bien basses.

→ suivant la remarque précédente, la recherche de l’or est réduite à un instinct primaire donc incontrôlable et insatiable : la soif, la faim : « la terrible soif de l’or » (l. 2) ; « ils doivent le manger » (l. 7-8).

c) Las Casas montre que c’est l’ensemble de la colonisation qui est remise en question :

→ il utilise à de nombreuses reprises des termes temporels qui insistent sur le fait qu’il englobe dans ses propos la colonisation espagnole depuis qu’elle a débuté et jusqu’au moment où il s’exprime : « Depuis les tout premiers contacts » (l. 1 : mise en évidence en tête d’intervention, de réplique, de phrase) ; « il y a plus d’un demi-siècle » (l. 4 : même phrase que l’expression précédente, phrase qui se trouve ainsi encadrée par ces deux expressions) ; « depuis » (l. 4 : encore en évidence en tête de phrase) ; « depuis le début » (l. 9 : répétition du mot « depuis ») ; « dès la conquête » (l. 13 : en tête de phrase et après la didascalie = en évidence), enchaîné dans le même bout de réplique avec « aujourd’hui » (l. 15) ; « dès le début » (l. 22).

Le présent d’habitude est employé pour marquer le fait que les faits cités sont répétés et non des exceptions. De plus, dans la 2ème partie de l’extrait, la répétition de « quelquefois », « d’autres fois », « ou bien », renforce cette impression.

d) Las Casas veut montrer qu’il maîtrise son sujet, notamment parce qu’il a vécu auprès des Indiens, qu’il a été témoin direct de ce qu’il évoque. Il montre ainsi que son propos est plus légitime qu’un autre : il sait que Sépulvéda ne s’est jamais rendu sur place donc il pense ainsi décrédibiliser à l’avance la parole de celui-ci. Il sait aussi que le légat ne s’est jamais rendu sur place : il peut ainsi l’impressionner par sa connaissance des indiens et des conditions de la conquête.

→ L’évocation du livre que Las Casas écrit souligne que le sujet lui tient à cœur et qu’il a de la matière pour écrire sur la question.

→ Las Casas est très affirmatif (phrases affirmatives, le plus souvent ; mode verbal = l’indicatif ; pas de modalisateurs de doute, exprimant des nuances du type « sans doute », « probablement », etc) : il est sûr de lui. Il impose ce qu’il affirme.

→ il accumule les exemples dans toute cette partie de son intervention.

→ il est capable de citer des phrases prononcées en Amérique, par les Espagnols et par les Indiens (cf. phrases rapportées au style direct, fidèlement à leur forme d’origine).

→ il est capable d’expliquer au Supérieur ce que signifie l’expression « allez porter les lettres ! »

→il s’exprime sans notes (l. 11-12 : insistance sur cet aspect). Il est capable d’improviser car il connaît son sujet.

→ phrase d’appui à ce qu’il affirme : « Oui, je vous dis la vérité ! » (l. 55).

Questions/aspects subsidiaires :

* Pourquoi Las Casas n’aborde-t-il pas de front la question posée par la controverse (les Indiens ont-ils une âme ?) :

→ il dresse un tableau de la situation sur place pour ceux qui n’y sont pas allés. C’est un préliminaire pour ensuite évoquer les Indiens eux-mêmes.

→ comme il le fera souvent ensuite, il cherche à déplacer le regard sur les Espagnols, à faire en sorte que les débats ne portent pas seulement sur les Indiens, mais sur les Espagnols, dans une comparaison porteuse de sens pour répondre à la question de l’intelligence des Indiens. Accuser les Espagnols, c’est montrer où sont les torts, où sont véritablement les défauts.

→ il précise juste avant notre passage : « Je vais m’efforcer de dire la vérité sur ceux à qui nous sommes en train d’enlever la vie ».

* L’émotion de Las Casas monte au fur et à mesure :

→ didascalie l. 26

→ abondance des phrases exclamatives ; phrases de plus en plus courtes ou au rythme de plus en plus haché

→ Cette émotion est à la fois porteuse : Las Casas souhaite faire partager à son public sa révolte, son indignation. Il veut que les public ait pitié du sort des Indiens (« malheureux Indiens » l. 8-9 ; « effroyable puanteur » l. 23 ; « horreurs humaines » l. 56 ; comparaisons à des animaux ; liste longue des souffrances de ce peuple ; chiffres élevés de « milliers » puis « millions »).

→ on peut légitimement se demander si cette émotion ne risque pas de se retourner contre Las Casas dans la suite de la pièce : trop d’émotion montre aussi la faiblesse d’une personne, le fait qu’elle ne se maîtrise peut-être pas assez, et ceci s’oppose à une réflexion rationnelle, logique, posée. Mais dans cet extrait, rien ne nous permet de le vérifier. Il ne faut donc pas s’appesantir sur cet aspect.

Conclusion : (pistes possibles : donner les réponses à ces questions)

* Comment Las Casas apparaît-il au spectateur de notre époque dès le début de cette pièce ?

* Comment cet extrait permet-il d’entrer dans le vif du sujet de la controverse ?

* Comment les personnages apparaissent-ils au spectateur dans cet extrait ?

* Quelles questions le spectateur se pose-t-il, et qui trouveront réponse dans la suite ?

* Quel est l’intérêt du dialogue pour présenter les idées développées ici ?

Publié dans Lectures analytiques

Commenter cet article